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Que feriez-vous de Simone Ehivet Gbagbo ?

Un simple hasard n’aurait suffi pour traduire la condamnation de Simone Ehivet Gbagbo. Une condamnation prononcée en mars, un mois significatif pour la dignité, la résistance et le  défi pour le droit, l’égalité et l’émancipation des femmes du monde et de l’Afrique. À mi-parcours entre la vie d’ex première dame et les rudes épreuves politiques à coups de répressions, la « Dame de fer » comme le surnomme une grande partie de ses sympathisants n’a pas dérogé à ce destin de la vie carcérale. Sans surprise le verdict tombé a retenu 20 ans de prison  à l’encontre de Simone Gbagbo pour complot contre l'autorité de l'Etat, participation à un mouvement insurrectionnel et troubles à l'ordre public.

 Tout au long de ce parcours très contrasté, la politique lui aurait enseigné, que rien n’est donné d’avance aux femmes. C’est dans sa chair meurtrie par des luttes politiques qu’elle s’est forgée par le courage, la détermination afin d’inspirer le respect à l’égard de la femme en politique. Et c’est en liant son destin à celui de Laurent KOUDOU GBAGBO qu’elle comprendra le sens d’un parcours aussi ambigu.

Née en 1949, près de Grand-Bassam, à l’est d’Abidjan, dans une famille nombreuse, Simone Ehivet est fille d'un père avant-gardiste. Elle se démarque très vite en femme de foi, de convictions et de combat. Elle va connaître sa première interpellation policière  à 17 ans et suivre la voix de l’activisme à la faculté de lettres moderne (où elle se spécialisée en linguistique et histoire) jusqu’à ne plus s’en arrêter. Sous le pseudonyme de Dominique elle sera recrutée en 1972 par l'enseignant marxiste Zadi Zaourou, au sein de la cellule Lumumba, groupe d'études révolutionnaires clandestin. Dans le feu de l’action, elle fait la connaissance, de Laurent Gbagbo, alias Petit Frère, alias Santia.

Le 18 février 1992, Simone et Laurent Gbagbo conduisent une marche du Front populaire ivoirien (FPI) leur parti à Abidjan Plateau, lorsque les forces de l’ordre envoyées par Alassane Ouattara, alors Premier ministre de Felix Houphouët Boigny, dispersent la manifestation et les interpellent. Dans son livre autobiographique « Parole d’honneur » Simone Gbagbo raconte qu’elle est alors livrée aux soldats par un officier. Ceux-ci la brutalisent tout au long du chemin, jusqu’au camp Gallieni, lieu de la détention. « C’est la viande. Envoyez-la ! Tuez- la, tuez-la », crient les militaires. « Les matraques reprirent. Il en pleuvait et il en pleuvait. Sur la tête, dans le dos, dans le ventre. Jusqu’à ce que je m’effondre évanouie. Je n’avais jamais été autant battue de ma vie », se rappelle-t-elle dans son autobiographie. Transférée au CHU, elle y passera 18 jours.  Remise sur pieds, elle sera transférée à la Maison d’arrêt et de correction d’Abidjan (MACA) où elle sera admise au quartier des femmes où retrouvera Odette Sauyet, seule autre femme du FPI faite prisonnière. Elle y passera cinq mois. Sans contact avec son mari enfermé, lui, au quartier des hommes. Tout Comme Laurent Gbagbo, elle retrouvera la liberté à la faveur de la loi d’amnistie de juillet 1992. Elle écrira avoir considéré ce premier séjour carcéral comme « un cheminement spirituel duquel elle sort sans haine ni rancune envers Houphouët ». Loin d’entamer sa ferveur militante, la prison n’a fait que la renforcer.

L’ultime descente aux enfers de l’ex-Première dame a commencé le 11 avril 2011, lorsque les combattants pro-Ouattara, aidés par les militaires français, ont fait irruption dans le sous-sol du palais présidentiel à Abidjan ont arrêté le couple Gbagbo et brandit les images de Simone Gbagbo, tresses arrachées et regard apeuré, se tenant derrière son mari. Quelques jours plus tard, elle sera transférée à Odienné et détenue dans une résidence privée.

En l’état actuel des choses, la peine de 20 ans de prison retenue à l’égard de Simone Gbagbo et la condamnation des anciens caciques du FPI (front populaire ivoirien) renforce l’idée d’une « justice des vainqueurs » qui, se manifeste par des poursuites  des partisans de Laurent Gbagbo et compromet toute chance de réconciliation et rétablissement de la vérité.

Rappelons que l'actuel Président Alassane Ouattara avait promis dès la fin de la crise postélectorale son engagement à condamner, les crimes commis en Côte d’Ivoire durant la dite crise par les deux camps. N’en déplaise qu’aujourd’hui seuls les proches de l’ancien Président Gbagbo sont poursuivis et condamnés pour des infractions commises pendant le conflit électoral. Des limites et des conséquences à éternel recommencement sont déjà visibles au processus de réconciliation qui récuse dès lors des injustices subies d’un seul côté. Les mêmes erreurs commises hier semblent être répétées aujourd’hui, car l’on ne saurait se réconcilier avec celui dont on continue à faire du tort. Le besoin de justice devrait être ressenti de part et d’autre sans pour autant instaurer un climat de revanche des gagnants sur les perdants.

Simone Gbagbo a également des reproches à se faire vis-à-vis de sa responsabilité politique engagée devant moult situations critiques. Mais au final elle resté imperturbable. C’est une vraie femme politique, au passé militant, qui mérite respect et  détient encore sa force vitale digne d’une animale politique. « Ma position actuelle, aimait-elle à rappeler pendant la présidence de Laurent Gbagbo, je la dois à ma trajectoire, pas au poste de mon mari. »

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