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Nzinga Mbandi, une source inépuisable d’inspiration

Ngola Mbandi Nzinga Bandi Kia Ngola (qui signifie: la reine dont la flèche trouve toujours le but) dite Reine Anna Zingha, est l'un des personnages les plus emblématiques de l'histoire pre-coloniale Africaine. Figure de la résistance africaine au colonialisme, la Reine Nzinga a marqué l’histoire de l'Afrique et de l’Angola du 17e siècle. 

L’arrivée des Portugais au Ndongo à la fin du 16e siècle a bouleversé le contexte local. Les guerres de conquête, le développement de la traite négrière et l’émergence de nouveaux marchés économiques ont transformé le paysage politique, social, économique et culturel de la région. C’est dans ce contexte de résistance que Nzinga Mbandi s’est imposée dans l’histoire de l’Afrique comme un remarquable exemple de gouvernance féminine. Au 16e siècle, l’Afrique centrale est composée de différents royaumes, au premier rang desquels le grand royaume Kongo, mais aussi de plus petits royaumes, comme le Ndongo et le Matamba, qui quittent progressivement sa sphère d’influence. A l’époque, les organisations politiques et spatiales de ces entités politiques sont relativement communes : elles sont basées sur un pouvoir central et des échelons intermédiaires qui, au Ndongo par exemple, sont nommés les sobas (chefs). Les échanges économiques entre les différents royaumes permettent la circulation de produits complémentaires, notamment entre la côte et l’intérieur des terres. Ils concernent en particulier le fer, l’ivoire, les tissus, le sel, les denrées de la pêche, les produits agricoles et d’élevage.

La résistance du Ndongo, incarnée en particulier par Nzinga Mbandi, a permis de ralentir les projets portugais. Cette femme de pouvoir s’est appuyée non seulement sur son art de la guerre et de la guérilla, sur ses tactiques d’espionnage, mais aussi sur ses grandes capacités de négociatrice. Envoyée comme ambassadrice à Luanda par son frère Ngola Mbandi en 1622, Nzinga parvient à négocier la paix avec le gouverneur portugais. Après la mort de son frère, Nzinga prend le pouvoir et oppose une résistance tenace aux Portugais jusqu’à sa mort en 1663. En dépit de nombreuses tentatives pour la capturer, Nzinga parvient à déjouer tous les complots. Après sa mort, l’occupation portugaise s’accentue vers l’intérieur du continent dans le but d’alimenter les comptoirs négriers en esclaves. 7 000 soldats de l’armée de Nzinga seront envoyés au Brésil comme esclaves.

Au fil des décennies, Nzinga a tissé de multiples alliances stratégiques avec les royaumes voisins (Kongo,  Kassanje,  Kissama), négocié avec les Portugais et les Hollandais, et pris sous sa protection les populations qui ont rejoint son royaume. Elle a aussi su imposer son pouvoir, parfois à des populations tout entières. Elle s’est érigée peu à peu comme une puissante figure politique régionale, incontournable, souvent crainte et jamais soumise. Ainsi, Nzinga n’a jamais accepté la perte du Ndongo. Même réfugiée au Matamba, dont elle s’était emparée, elle signait ses correspondances du titre de Nzinga Mbandi Ngola, c’est-à-dire Reine du Ndongo et du Matamba. C’est parce qu’elle se considérait comme reine des deux royaumes qu’elle est également connue sous le titre de « double reine ». Sur le plan économique, en autorisant le commerce d’esclaves entre le royaume du Matamba et Luanda, elle a permis la circulation de divers produits commerciaux entre ces deux régions (animaux domestiques, poissons, fibres textiles, huile et vin de palme), contribuant ainsi à la formation des kitandas, marchés populaires et espaces économiques et sociaux importants, où les femmes jouent un rôle essentiel.

 
La Reine Nzinga a joué un rôle déterminant dans l’histoire de son pays et qu’elle a permis une véritable révolution sociopolitique et culturelle, Nzinga inspire depuis des siècles les femmes africaines. Son intelligence, sa sagacité politique et diplomatique, son sens de la tactique militaire, l’ont fait connaître sur le continent africain comme une femme exceptionnelle et une figure historique incontournable. Nzinga Mbandi était une femme instruite et cultivée. En plus de sa langue maternelle, elle parlait notamment celle des Portugais avec qui elle devait traiter. Elle rédigeait elle-même ses correspondances à l’intention des rois Jean IV et Alphonse VI du Portugal, et des gouverneurs en place à Luanda. Son éducation, son intelligence et sa maîtrise des langues ont été des atouts maîtres tout au long de sa vie, qui lui ont permis de s’adapter aux situations politiques les plus complexes et de les faire pencher en sa faveur. Outre sa connaissance des populations avec qui elle était amenée à négocier, elle connaissait la culture et la langue des Portugais, grâce aux contacts qu’elle avait eus durant son enfance avec les premiers missionnaires et commerçants portugais de passage au Ndongo.
 
Son action et sa force de caractère ont inspiré les grandes figures de la résistance du MPLA (Mouvement Populaire de Libération de l’Angola) tout au long de la lutte pour l’indépendance de l’Angola. On pense en particulier à Deolinda Rodrigues, Irene Engracia, Vastok Inga, Mambo Café, Roth Gil et Rita Tomas. De nos jours, les femmes angolaises témoignent d’une indépendance sociale remarquable : elles sont présentes dans l’armée, la police, au gouvernement, et dans les secteurs publics et privés de la vie économique du pays. Nzinga est un modèle de leadership pour toutes les générations de femmes angolaises. Depuis son premier coup d’éclat face au gouverneur João Correia de Sousa, lors de la négociation du traité de paix de 1622 à Luanda, Nzinga Mbandi s’est imposée comme une source d’inspiration permanente.  Son charisme et la complexité de sa personnalité ont toujours fasciné les missionnaires qu’elle a côtoyés, et plus largement des auteurs européens, africains et brésiliens, ainsi que des artistes de tous pays. Le personnage de Nzinga a par ailleurs inspiré les rites religieux de communautés afro-descendantes partout dans le monde. De multiples noms sont attribués à Nzinga en raison de questions orthographiques liées à la transcription de la langue kimbundu, mais aussi parce que la reine elle-même signait ses correspondances de différents noms. Les derniers noms qui lui ont été donnés sont issus de sa conversion au catholicisme, en 1623, à Luanda. Voici une liste non exhaustive des différents noms que l’on peut lui trouver : Njinga Mbande, Nzinga Mbandi, Jinga, Singa, Zhinga, Ginga, Njingha, Ana Nzinga, Ngola Nzinga, Nzinga de Matamba, Zinga, Zingua, Mbande Ana Nzinga, Ann Nzinga, Dona Ana de Sousa. Dans la langue portugaise, le verbe gingar se réfère à un mouvement corporel. Au sens figuré, le verbe évoque la souplesse face aux obstacles, notamment lors des négociations, en référence à la reine Nzinga.
 
Le personnage de Nzinga a inspiré de nombreuses religions d’origine africaine. En Haïti, dans une variante du vaudou, Nzinga est symbolisée par un personnage Bantu-Ewe-Fon. Au Brésil, Nzinga est représentée dans le Candomblé (religion afro-brésilienne) sous le personnage « Matamba », dame des tonnerres, chef de guerre et amie des héros. Elle est invoquée dans un rituel de femmes qui cherchent la force pour résoudre leurs problèmes. Nzinga est aussi présente dans la tradition brésilienne dans la Congada, un rite religieux en hommage aux saints noirs qui mélange tradition africaine et culture européenne. Dans ce rite, le couronnement du roi du Kongo et de la reine Nzinga symbolise l’arrivée du christianisme en Angola et au Brésil.
 
Anna Zingha fut la dernière reine de l'Angola pre-coloniale. Ayant régnié pendant une trentaine d'année au 17ème siècle, jusqu'à sa mort à 82 ans, Anna Zingha opposa une vive résistance aux ambitions du Portugal sur son royaume. L’esprit de résistance et de liberté symbolisé par la figure de Nzinga dépasse largement les frontières angolaises. Cette reine incarne aujourd’hui une figure centrale de l’histoire de l’Afrique, comme symbole de résistance face aux ambitions colonisatrices de l’Europe. Après sa mort, pendant des siècles, nombreux sont les pays africains qui ont résisté et lutté pour leur indépendance, jusqu’à l’obtenir au 20e siècle. En Afrique, la mémoire de Nzinga a inspiré les luttes pour la liberté. 
 
(Source Nzinga Mbandi "Reine du Ndongo et du Matamba" Série UNESCO Femmes dans l’histoire de l’Afrique Secteur de la communication et de l’information, UNESCO, 2013)

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