Burundi-violents-combats-entre-putschistes-et-loyalistes.jpg

Les Pompiers Pyromanes

"Un militaire sans formation politique est un criminel en puissance" Thomas Sankara

Pouvoir politique et puissance militaire sont-ils deux réalités qui s'ignorent? A bien des égards, le pouvoir politique et la puissance militaire sont complémentaires et sur la question, l'Afrique est le continent ayant le plus d'hommes en treillis au pouvoir. Une affirmation difficile à contredire, tant les exemples sont nombreux. En effet, une telle configuration de l'espace politique africain est surtout le reflet des relations incestueuses entretenues entre l'appareil politique et la hiérarchie militaire.  Aussi, dans le même fil d'idée, l'alternance démocratique étant une simple vue de l'esprit sur le continent (exceptés quelques bons élèves), la majorité des dirigeants africains ont accédé au pouvoir par le biais d'élections irrégulières, si ce n'est pas du fait de prise de pouvoir militaire.

 L'armée, tel un bon élève de Machiavel contribue à la conquête du pouvoir, mais également à sa conservation. En effet, comme le recommande l'auteur florentin, conquérir un pouvoir n'est certes pas un exercice aisé, mais sa conservation est un exercice périlleux qui, demande de la finesse. Sur cet aspect, Machiavel dans sa rhétorique fait allusion au lion et au renard: la force et la ruse. La force est ici représentée par le lion et le renard représente la ruse. Ainsi, ces deux éléments constituent le socle nécessaire à la conservation du pouvoir. Mais, il faut le préciser des deux éléments, le plus important est sans conteste la ruse. Dommage, sur le continent la force semble l'emporter sur la ruse, plaçant de fait l'armée au cœur du jeu politique. Qui a le contrôle de l'armée contrôle le pouvoir. Ce chapitre du prince de Machiavel a été tellement assimilé que l'on croirait qu'il a été rédigé à dessein pour eux.

 Toutes fois, bien qu'il est évident que l'adage Romain affirme explicitement que l'on ne peut bâtir un grand empire sans disposer d'une grande légion, le recours à la force est de plus en plus encadré. Il l'est du fait que les tenants de l'appareil militaire sont de plus en plus conscients que pèse sur eux une épée de Damoclès. En effet, grace aux nouvelles technologies de l'information, en l'espace d'un laps de temps, des images et des vidéos peuvent rapidement faire le tour du monde et interpeller la sensibilité de la communauté internationale. Du coup, bien qu'au départ des révolutions démocratiques l'armée ait souvent pris position contre les manifestants, elle finit de plus en plus par se ranger derrière les révolutionnaires. L'analyse des crises égyptiennes,  burkinabés et burundaises sont assez explicites en ce sens. De hauts dignitaires se sont finalement rangés du côté des révolutionnaires.

 Cependant, autant l'on saluerait le fait que l'armée vienne sauver une démocratie agonisante, autant l'on devrait s'interroger sur le bien-fondé d'une telle démarche. En effet, lorsque l'on prend la peine d'analyser ce qu'il en est de la contribution des hommes en armes à la promotion de la démocratie en Afrique, le bilan est largement négatif. Certes, au terme de la révolution égyptienne le dictateur Moubarak a été évincé, des élections démocratiques consacrants la victoire des frères musulmans ont été tenues, la crise qui s'en est suivie démontre à suffisance que le pouvoir politique se doit d'être démilitarisé. L'épisode le plus surprenant c'est bien évidemment le cas burkinabé. En effet, après les mouvements de masse contre la réforme constitutionnelle, Blaise Compaoré a été emporté par un coup d'Etat militaire organisé par sa propre garde. Du coup, une fois évincé, le président Compaoré a été provisoirement substitué par  le commandant de la garde présidentielle, le lieutenant-colonel Zida. La surprise ici tient du fait que la garde présidentielle a été aux premières loges de la dure répression et qu'en actant la destitution du président Compaoré, elle a réussi habillement à se poser en sauveur de la révolution.

Enfin, c'est le cas de l'affirmer, le même mode opératoire est a souligner dans la crise burundaise. Après des semaines d'affrontements entre la force publique et les opposants à un énième mandat pour le président sortant, une frange de l'armée s'est rangée du côté des manifestants et a provisoirement  déposer le président NKURUZIZA en déplacement à Dar es Salam en Tanzanie. Là encore, grâce à la fidélité des éléments de la garde présidentielle, l'homme fort de Bujumbura a pu sortir son épingle du jeu et retrouver dans la foulée sa place à la tête de l'Etat Burundais.

 En conséquence, ce qu'il faille retenir de toutes ces révolutions  c'est que d'une part l'appareil militaire est incontournable dans la gestion du pouvoir, mais que d'autre part, ce n'est pas toute l'armée qui contribue à la conservation du pouvoir, mais plutôt la division en charge de la sécurité présidentielle. Ces derniers sont le plus souvent, soit les mieux aguerris, soit les mieux équipés à défendre un régime réellement mis en danger.

Retrouvez tous les titres à la Une

Soyez le premier à commenter.

Autres articles


Tous les messages sont modéré et doivent obéir aux règles de la maison.